Le bouc émissaire éolien

9 août 2014 | Québec
Simon-Philippe Breton – Professeur adjoint, Department of Earth Sciences –Wind Energy, Uppsala University, Suède
Louis-Étienne Boudreault – Candidat au doctorat, DTU Wind Energy, Danemark
Bernard Saulnier – Chercheur, Institut de recherche d’Hydro-Québec (1977-2006)

Selon les auteurs, le Québec pourrait prendre exemple sur le Danemark — qui a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050 et a comme objectif d’intégrer 50% d’énergie éolienne à son réseau d’ici 2020.
Photo: Thinkstock
Selon les auteurs, le Québec pourrait prendre exemple sur le Danemark — qui a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050 et a comme objectif d’intégrer 50% d’énergie éolienne à son réseau d’ici 2020.

Un an presque jour pour jour après avoir déposé à la Régie de l’énergie une demande de hausse de ses tarifs de 3,4 % pour l’année 2014-2015, Hydro-Québec revient à la charge avec une nouvelle demande de hausse de 3,9 % devant être appliquée à compter d’avril 2015. Tout comme l’an dernier, Hydro-Québec affirme que l’énergie éolienne est en grande partie responsable de cette hausse, comme le mentionnait son porte-parole en entrevue sur les ondes de Radio-Canada mercredi dernier.

L’éolien est désigné comme une source d’énergie chère, intermittente, « dont on n’a pas besoin lors des pointes exceptionnelles en période d’hiver ». Cette demande arrive une fois de plus dans un contexte où Hydro-Québec dispose d’importants surplus d’électricité. Les mêmes arguments que ceux publiés dans un texte du Devoir des mêmes auteurs l’an dernier se doivent d’être réitérés afin de rappeler pourquoi l’éolien n’a rien du portrait caricatural auquel certains prétendent pouvoir le réduire.

Hydro-Québec achètera cette année de l’énergie éolienne auprès de producteurs privés à un coût moyen de 10 ¢/kWh. Ce coût doit être comparé à juste titre à celui résultant d’autres projets en construction. Le concept économique de coût marginal — combien il en coûte d’ajouter un nouveau kilowattheure (kWh) au réseau électrique aujourd’hui, et ce, quelle que soit la filière choisie — se doit d’être utilisé pour effectuer une comparaison juste.

À titre d’exemple, le projet hydroélectrique de la Romaine produira de l’électricité livrée aux abonnés à un coût de 9,6 ¢/kWh. Alors qu’Hydro-Québec prévoit 75 TWh de surplus énergétiques pour la période 2014-2023, on est en droit de s’étonner qu’elle persiste à aller de l’avant avec ce projet commercial téméraire dont les mérites commerciaux n’ont jamais fait l’objet d’un examen public sérieux, tout en affirmant être forcée d’intégrer de l’éolien à prix élevé à son réseau électrique.

L’exemple du Danemark

Le fait de détenir des surplus d’énergie peut devenir un moyen habilitant de transition énergétique plutôt que le jeu d’improvisations qui enferment le Québec dans des scénarios anachroniques. Le Québec, aidé d’une stratégie énergétique à long terme, pourrait absorber ses surplus par des projets porteurs et s’en servir pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, dont les importations totalisent quelque 14 milliards de dollars par année.

Il pourrait prendre comme exemple le Danemark, qui a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050 et a comme objectif d’intégrer 50 % d’énergie éolienne à son réseau d’ici 2020. Cette année, l’énergie éolienne est devenue au Danemark la source la moins chère de nouvel approvisionnement en électricité. Ce résultat inespéré est issu d’une stratégie de développement à long terme où les efforts combinés des secteurs politique, universitaire et commercial se sont traduits par une diminution importante des coûts.

Le patrimoine hydroélectrique du Québec lui permet d’effectuer un couplage en parfaite synergie avec l’éolien. Le cycle annuel des vents étant en symbiose avec la demande intérieure d’électricité, l’éolien offre aussi plusieurs avantages opérationnels tout en diversifiant le portefeuille énergétique du Québec. Il permet entre autres de diminuer le nombre d’heures de forte pointe dans l’année ainsi que de stabiliser le niveau des réservoirs durant les périodes où les apports hydrauliques sont les plus bas annuellement.

La force du vent

L’éolien bénéficie de coûts marginaux parmi les plus faibles des sources d’énergie renouvelables et profite également à la création d’emploi et au développement d’une économie prospère. De plus, il est mieux adapté au nouveau contexte de faible croissance de la demande puisqu’il permet une modulation rapide de l’offre en fonction de la demande.

La mise en activité d’un parc éolien se réalise beaucoup plus rapidement que celle d’une centrale hydroélectrique, dont le temps de construction est plus long, d’autant plus que l’empreinte écologique de l’éolien est beaucoup plus faible. Son caractère non invasif lui permet aussi de continuer de pratiquer d’autres activités sur le territoire où sont installées les éoliennes, telles que l’agriculture et les activités récréotouristiques. Ce ne sont ici que quelques raisons faisant en sorte que l’éolien se doit d’être considéré comme pouvant faire partie à juste titre d’une stratégie énergétique globale ancrée sur l’avenir.

La technologie éolienne est mature, fiable, toujours plus performante et compétitive. Elle ne mérite en rien d’être érigée en bouc émissaire relativement à la hausse tarifaire récemment demandée par Hydro-Québec. Le Québec gagnerait plutôt à consolider l’expertise développée jusqu’à maintenant dans cette filière et à l’inscrire à sa juste valeur parmi les autres formes d’approvisionnement dans une stratégie énergétique nationale à long terme.

Courtoisie: Le Devoir