Formation des techniciens en éoliennes – Regard sur le chemin parcouru et sur l’avenir



9 juin, 2017

Les techniciens en éoliennes veillent depuis longtemps au bon fonctionnement des éoliennes au Canada.

Il faut en fait remonter à 1993, année de la mise en service de l’une des premières installations commerciales au pays : le parc éolien Cowley Ridge de TransAlta. Les techniciens qui y travaillaient au début se rappellent leurs expériences « uniques » vécues à des « hauteurs incroyables ».

Ces éoliennes, avec leur tour en treillis de 25 mètres de haut, faisaient pourtant moins du tiers de la hauteur de la plupart des éoliennes à tour tubulaire d’aujourd’hui. Néanmoins, même si la technologie a certainement évolué, les connaissances acquises par le travail sur ces premiers modèles demeurent pertinentes.

Par exemple, il n’est pas plus avisé d’échapper un outil du haut d’une tour de 25 que d’une tour de 80 mètres. Le jour où l’on prend conscience de l’ampleur des dommages qu’une simple clé à molette peut causer, on s’en souvient longtemps. Il en va de même pour le travail à proximité de câbles électriques : qu’ils transportent 300 ou 3 000 kW d’électricité, l’extrême prudence est de mise. Ainsi, ces 20 dernières années, les établissements de formation et les employeurs ont travaillé pour permettre à cette génération de techniciens chevronnés de transmettre leurs connaissances à la nouvelle cohorte, en mettant la sécurité au premier plan.

À mesure que différents fabricants ont commencé à vendre des éoliennes plus grandes et plus performantes et que les sous-stations ont augmenté leur capacité pour soutenir des centaines de mégawatts, les compétences nécessaires pour veiller au bon fonctionnement des parcs éoliens se sont aussi multipliées.

Aujourd’hui, on trouve toutes sortes de rôles et de domaines d’emploi dans les parcs éoliens; en voici d’ailleurs quelques-uns :

  • Technicien en éoliennes – Compétences électriques et mécaniques
  • Électricien – Haute et basse tension
  • Supervision/Gestion – Un ou plusieurs parcs éoliens
  • Administration/Logistique/Conformité – Administration générale, chaîne d’approvisionnement, entrepôt, respect des règlements, etc.
  • Prévisions/Répartition – Prévisions relatives à la force du vent et gestion de la répartition sur le réseau
  • Remplacement des principaux composants – Fabricant ou fournisseur de services indépendant pour des réparations importantes comme le remplacement de la boîte de vitesses
  • Technicien spécialiste des pales ou des composants – Réparations spécialisées de fibre de verre ou de fibre de carbone en hauteur
  • Ingénierie électrique/Ingénierie de projet
  • Réhabilitation des terrains – Restauration de cultures ou de végétation endommagées, réparation de routes de service, etc.

Pour suivre le rythme des changements dans l’industrie, des collèges techniques ont créé des programmes visant à former des techniciens en éoliennes certifiés. Afin de garantir la qualité de la formation, l’élaboration des programmes a été aiguillée par des conseils consultatifs rassemblant des employeurs de l’industrie. Notons que certains employeurs choisissent d’engager des techniciens en éoliennes certifiés pour renforcer leur effectif. D’autres favorisent plutôt l’embauche de gens de métier titulaires d’un permis en raison de leur expérience reconnue, préférant leur donner un cours accéléré en éolien sur place au lieu de travailler avec des techniciens spécialisés qui sortent de l’école et possèdent peu d’expérience.

Pour aider les candidats potentiels à cerner les besoins précis de l’industrie, il s’est avéré crucial de faire la distinction entre les différents domaines de l’éolien : équipes de construction, équipes de services des fabricants, fournisseurs de services indépendants, et exploitants et propriétaires de parcs éoliens. Par exemple, ceux qui étaient prêts à s’éloigner pour le travail et à travailler sur un chantier de construction pouvaient trouver un emploi rapidement, qui allait offrir une expérience enrichissante et un salaire très attrayant. Par contre, les emplois plus stables comme ceux dans les parcs éoliens déjà en activité étaient souvent plus rares dans une région donnée, donc difficiles à trouver.

Toutefois, ce n’est pas tout le monde qui peut vivre dans une chambre d’hôtel pendant de longues périodes; beaucoup de travailleurs ayant participé à la construction de parcs éoliens se sont donc établis dans la région où avait eu lieu leur dernier contrat. Cette tendance a eu une grande incidence sur le marché du travail canadien, offrant aux propriétaires de parcs et aux fournisseurs de services un bassin local unique de techniciens hautement qualifiés et dotés d’une expérience poussée en installation d’éoliennes.

Par ailleurs, l’industrie éolienne a été principalement menée par de grandes organisations européennes bien établies. Ces entreprises ont leurs propres programmes de formation éprouvés en matière d’installation et de service. C’est par l’expérience acquise durant de nombreuses heures de travail effectuées sous la supervision d’un expert que la base de connaissances s’enrichit. Ce savoir peut ensuite être transmis au quotidien aux employés issus des collèges ou d’autres domaines.

Comment s’annonce l’avenir de la formation de techniciens en éoliennes au Canada?

Les employeurs recherchent des gens motivés et désireux d’apprendre.

L’industrie éolienne a déjà montré qu’elle est prête à remédier aux lacunes en matière de connaissances par l’offre de formations sur place. Les candidats provenant de collèges, d’autres industries ou ayant participé à la construction de parcs éoliens ont une possibilité réelle d’être choisis s’ils sont prêts à se perfectionner dans le domaine requis.

Cependant, comme industrie, nous ne pouvons attendre que tout se mette en place naturellement.

L’Association canadienne de l’énergie éolienne (CanWEA) entend collaborer avec l’American Wind Energy Association (AWEA) pour définir les normes sur les compétences fondamentales des techniciens en éoliennes en Amérique du Nord. Il s’agira d’une précieuse ressource pour garantir un niveau d’attentes adéquat envers les techniciens et ainsi veiller à ce que le travail de ces derniers soit conforme aux exigences nord-américaines. L’industrie éolienne a encore besoin des meilleurs représentants.

Par l’établissement de compétences fondamentales, nous pouvons aider les collèges et les employeurs à cibler le type de formation nécessaire pour assurer le fonctionnement sécuritaire et efficace des parcs. Autrement, les entités responsables d’outiller la main-d’œuvre canadienne sont réduites à deviner ce que les employeurs recherchent. De plus, l’absence de normes peut occasionner des problèmes si des employeurs offrent de la formation en vase clos et omettent certaines compétences essentielles.

En somme, je crois qu’en nous concentrant sur ce qu’il y a à faire pour exceller dans notre domaine au Canada, notre main-d’œuvre continuera d’être à l’avant-garde, et nous serons bien placés pour exporter notre expertise et notre culture d’un milieu de travail sécuritaire dans le monde entier.

Phil McKay
Directeur du Programme Opération et maintenance de l’Association canadienne de l’énergie éolienne